La chronique du SABLIER

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Le Sablier

En 2005-2006, un autre projet a été tenté : Le Sablier, comme lieu d'échanges et d'écoute pour les intervenants en milieu scolaire.
L'expérience n'a pas été concluante et n'a pas été reconduite ultérieurement. Mais le Sablier n'est pas pour autant abandonné. Il est pour l'instant en hibernation.

Nous laissons en ligne la note d'intention du projet, ainsi que la chronique de cette première année. Quand on le réveillera, il s'appuiera sur ces traces.

rentrée 2005 : création du SABLIER
"Notre parole est un fluide, elle se fait silence pour écouter celle de l'autre" [Imprimer]

Le Sablier se propose d'être un lieu d'échanges et d'écoute à l'intention des formateurs indépendants (étudiants, artistes, techniciens) participant à des programmes d'éducation au cinéma en milieu scolaire (école, collège, lycée).
Regroupant entre 5 et 15 participants, il fonctionne à Paris, à raison d'une séance mensuelle en soirée (21-23 heures) d'octobre à juin.
Il est animé par Annick Bouleau, cinéaste, formatrice, responsable du site Ouvrir le cinéma.
Participation aux frais pour l'année scolaire 2005-2006 : 15 euros.
Les séances ont lieu le premier mardi du mois.

Objectifs
Sur son terrain d'activités (notamment : accompagnement de films en salle, ateliers pratiques en classe) le formateur est en prise avec différentes demandes : celles de l'enseignant, des élèves, de l'organisme ou de l'institution qui l'emploie.

La réussite de son action ne relève pas seulement de ses compétences professionnelles. Des facteurs humains entrent en jeu. Il va être amené, dans certains cas, à adapter, modifier, voire transformer son projet initial, en fonction du vécu de la classe ou du groupe d'élèves au sein duquel il intervient. Ceci ne se fait pas sans doutes ni questionnements multiples.

LE SABLIER a pour but d'être un lieu où il est possible de parler librement de ce vécu, d'être écouté, sans être jugé, par qui connait des expériences plus ou moins similaires.

De ce partage d'expériences peut naître un soutien pour le formateur, dans son travail avec les élèves, dans ses relations avec les enseignants et ses différents partenaires institutionnels.

Participation
La participation aux séances du SABLIER relève donc d'une démarche privée, personnelle.
Elle ne remplace pas les engagements que les intervenants peuvent avoir dans des opérations d'évaluation ou de réflexion autour d'actions pédagogiques en cours.
Elle suppose le désir ou le besoin de se mettre dans une position d'écoute (écouter l'autre/être écouté) — différente du rite habituel de la conversation —, même si cela ne va pas sans réticences ni difficultés.

Déroulement des séances
Chaque séance du SABLIER est consacrée à un ou deux récits d'expériences à partir desquels un échange de paroles, réglé par un vrai sablier, pourra advenir.

Pourquoi ce vrai sablier ?
La parole, telle qu’elle est ici entendue suppose le silence.

Nous ne sommes pas habitués à laisser la place au silence, surtout au sein d’un groupe. Pour éviter de couper la parole à la personne que nous écoutons, le sablier aura la fonction de nous faire respecter son propre temps de parole, par elle choisi… à moins qu’elle ne décide de nous rendre la parole

[retour]

On trouvera ici les textes, brefs et non préparés, envoyés, par mail, aux membres du Sablier à l'issue de chaque séance.
[Lire le dernier message]

1.
Bonjour à tous,

Je vous confirme la date de la prochaine réunion du Sablier qui est donc fixée au mardi 22 novembre à 21 heures.
Cette réunion a été une première prise de contact.
Elle s'est déroulée à partir des 'présentations' de chacun (Cristobal, Sonia, Yves, Xavier et moi). Les échanges ont porté notamment sur le fonctionnement des ateliers, les relations avec les enseignants, les institutions, les enfants ou adolescents. Un point important a été soulevé: comment se présente-t-on: intervenant? éducateur? artiste? animateur ? (ce dernier terme rejeté par tout le monde). Voilà ce dont je me souviens au moment d'écrire ce mail.

Cette première rencontre était importante car elle permet de développer et de préciser le fonctionnement du Sablier.

Il se propose d'être non seulement un lieu d'échanges mais aussi d'écoute.

Se mettre en position d'écoute, ça n'est pas évident (Notre mode habituel de parler en groupe, ainsi, la forme, par exemple, de la conversation, n'est pas exactement une position d'écoute).

Se mettre en position d'écoute : pour écouter l'autre, pour être écouté par l' (les) autre(s), cela s'apprend 'in situ' et cela peut nous être utile dans nos activités pédagogiques (et dans la vie 'tout court'). Telle est l'hypothèse de départ que je vous propose. Elle suppose le désir de se mettre dans cette position, même si cela ne va pas sans réticences ni difficultés.

Nous allons l'expérimenter à chacune de nos séances.

Le travail 'sérieux' va donc commencer à la prochaine séance qui se déroulera autour d'un (ou deux) récits d'expérience (un atelier en cours, à venir, ou terminé).

Ces récits privilégieront le 'vécu' de l'atelier. Peut-être faudra-t-il préciser ce que ce terme sous-entend (revoir le texte sur le site: "la réussite de son action (celle de l'intervenant) ne relève pas seulement de ses compétences professionnelles. Des facteurs humains interviennent").

Qui va commencer? Nous avons convenu que je vous enverrai un mail vers le 10 novembre 'pour faire le point'.

Muriel, donc n'était pas là (Bienvenue à Lucie!)
Nadine, au dernier moment, n'a pu abandonner Madeleine.
Souhaitons les voir bientôt.

Bonne vie, bon travail

Annick

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1bis.

Bonjour à tous,

Ce mail pour vous confirmer la date de la prochaine séance : mardi 22 novembre à 21 heures.

Donc, cette fois-ci nous allons commencer à travailler à partir du récit d'un ou deux d'entre vous. Récit du 'vécu' d'un atelier (ou d'une intervention pédagogique quelle qu'elle soit) passé, en cours, à venir.

Et nous nous essaierons de 'nous mettre à l'écoute'.

A l'intention des éventuels futurs arrivants dans le groupe, j'ai tenu compte de ce qui a pu être dit à la première réunion et j'ai légèrement développé le texte de présentation du Sablier sur le site d'Ouvrir le cinéma, en ajoutant les deux phrases suivantes :

(La participation au Sablier)  "suppose le désir ou le besoin de se mettre dans une position d'écoute (écouter l'autre/être écouté) — différente du rite habituel de la conversation —, même si cela ne va pas sans réticences ni difficultés."
(…)
Nous ne sommes pas habitués à laisser la place au silence, surtout au sein d’un groupe. Pour éviter de couper la parole à la personne que nous écoutons, le sablier aura la fonction de nous faire respecter son propre temps de parole, par elle choisi… à moins qu’elle ne décide de nous rendre la parole…

Alors, qui pourrait commencer?

En vous rappelant que ces 'récits de vécu' (peut-être faudra-t-il se mettre d'accord sur ce que cette expression peut signifier) n'ont rien à voir avec la maîtrise, le calcul, mais bien tout le contraire.

En début de séance, comme 'exercice d'échauffement' , je vous propose que l'on échange quelques paroles autour de cette petite phrase de l'acteur Roland Amstutz au sujet de sa rencontre avec Godard pour 'Nouvelle Vague':

"Quand on a eu cette discussion le deuxième jour, il m'avait demandé qui j'aimais comme poète. Je lui avais répondu que l'un de mes poètes préférés était Cendrars. Le fait de lui avoir dit cela m'a déclenché un truc dans la tête. Quand j'avais vingt ans, j'avais une énorme passion pour Cendrars qui est né dans la même ville que moi. Cela m'a rappelé des choses anciennes qui m'ont servi pour le personnage du jardinier."

Enfin, Catherine Bareau va certainement nous rejoindre. Je vous envoie, en fichier joint un document sur le film qu'elle présente à Arcueil le 16 novembre prochain.

Bonne continuation dans toutes vos activités respectives… N'oubliez pas de me répondre pour me confirmer la réception de ce mail et me dire si vous vous vous sentez prêts à nous parler d'une de vos expériences.

Annick

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2.
Bonsoir à tous,

Pour la réunion d'hier soir, nous nous sommes retrouvés Sonia, Cristobal, Yves et moi. Nous avons parlé autour de la citation de Roland Amstutz, puis Yves a parlé d'un atelier de réalisation documentaire dont il a eu la charge dans une classe unique d'un petit village.

Nous avons ensuite regardé un entretien filmé par Nicolas Philibert avec Jean Oury, directeur-fondateur de La clinique de La Borde où a été tourné 'La moindre des choses'. (Il figure sur le DVD).

Pour la suite, j'ai proposé que l'on fixe un mardi précis dans le mois pour les réunions du Sablier : cela a semblé satisfaire tout le monde.

À partir du mois de décembre, les réunions auront lieu, SAUF EXCEPTION, le 1er mardi de chaque mois, toujours à 21 heures. La prochaine réunion est donc le mardi 6 décembre.
J'ai modifié l'annonce sur le site d'Olc en conséquence : vous pouvez donc donner l'adresse du site à des personnes éventuellement intéressées pour nous rejoindre.

Pour me permettre d'emprunter des chaises à mes voisins, si nécessaire, il est conseillé de me confirmer vos précenses!

Sauf exception également, je propose que nous communiquions par mail, entre les séances. Quand vous savez que vous n'allez pas consulter votre boite électronique pendant un certain temps, signalez-le moi, j'en tiendrai compte (et donnez moi votre numéro de téléphone).

Bonne continuation et au 6 décembre!

Annick

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3.

Bonjour à tous

La séance de décembre a réuni 3 personnes: Sonia, Cristobal, Annick.

Nadine, qui devait nous rejoindre ne pourra pas finalement le faire car elle est en train de déménager pour aller habiter dans la région d'Orléans.

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Yves était concrètement absent, mais nous avons commencé le fil de notre échange à partir des questions que nous aimerions lui poser suite à son récit d'un atelier de réalisation dans une classe unique de primaire.

Sonia est revenue sur un élément soulevé en novembre : 'comment se désigner: intervenant, éducateur, artiste?' Pour sa part elle se sent dans la fonction de 'réalisateur'. Elle a semble-t-il déplacé la question depuis le 'statut' vers la 'fonction'. Elle assume le fait de parler de la question de l'art dans ses interventions.

Cela a amené une discussion, avec des exemples précis, sur ce qu'un 'réalisateur-intervenant' opère comme travail avec un groupe d'enfants ou d'ados : cela relève-t-il du domaine de l'éducation artistique, du socio-culturel, sans oublier la dimension politique (au sens fondamental du terme).

Cristobal, sur ce sujet, a parlé de l'expérience d'un voyage (avec caméra) à Porto Alegre avec un groupe d'ados du 93. Une expérience humaine unique qui n'a pas 'respecté' l'objectif institutionnel de ramener un film : mais ce n'est pas le plus important.

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Ces quelques notes ne sont pas là pour servir de résumé ou de 'rattrapage' pour les absents. Ce qui importe, c'est ce qui se passe à chaque rencontre, en fonction des personnes présentes, et en fonction aussi des absentes, car elles font déjà partie du groupe, et cela importe, sans que nous le contrôlions.

Bonne période de fêtes, quelque que soit la manière dont vous souhaitez passer ces rituels.

Au 3 janvier

Annick

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4.

Bonjour à tous,

Voici des nouvelles de la séance du 3 janvier :

Muriel, a pu se libérer quelques heures, pour venir.

Nous avons accueillis deux 'nouveaux' : Alexandra, rencontrée au Ciné 104 de Pantin, lors d'une table-ronde organisée par Arcadi (Conseil régional Idf) autour de l'éducation à l'image, accompagnée de Matthieu. Tous deux, souhaitent s'engager dans ce 'secteur' et sont intéressés de participer au SABLIER pour écouter vos expériences et mûrir leurs projets.

Nous étions donc quatre: Muriel, Alexandra, Matthieu et moi.

Cela s'est passé naturellement : Alexandra s'est présentée en insistant sur le fait qu'elle était depuis quelques jours concentrée sur l'écriture d'un projet d'atelier qu'elle pourrait proposer à des institutions. Je l'ai donc invitée, si cela lui disait, de nous en parler. Peut-être que le fait de faire passer par la parole ce projet en gestation pourrait l'aider et en accéler sa mise en forme.

Son projet est lié à la notion de représentation et à la nécessité de 'décrypter' toutes, elle a insisté sur l'hétorogénéité, les images que nous recevons. Elle envisage de proposer cet atelier pour une classe d'âge située entre 12 et 18 ans, en milieu scolaire ou hors temps scolaire. Elle souhaiterait faire la différence entre cet atelier et un cours d'analyse filimique tel qui'il peut être élaboré par un enseignant. Cette différence se situerait selon elle, au niveau des modalités de relations qu'elle pourrait développer avec le groupe (se définissant comme 'actrice' du groupe au même titre que ses autres membres).

Elle souhaite s'engager à partir d'un 'thème' : la représentation des femmes. Mais faut-il partir d'un seul film ou de plusieurs extraits (mêlant tous les genres et types de media)?.

Pour susciter un travail plus à fond à partir de ce premier récit, Muriel nous a conté son baptême du feu : la mise en place d'un atelier autour de l'autoportrait avec une classe de 3e dans un collège parisien du 19e arrondissement, en liaison avec l'association des Cinémas indépendants parisiens.

Au sortir d'une thèse sur l'autoportrait cinématographique (voir sur le site d'Olc son texte dans la rubrique 'le coin des amis'), elle s'est posée la question suivante: comment sortir (de), 'casser' l'association autoportrait/narcissisme qui arrive presque automatiquement lorsqu'on aborde la question de l'autoportrait? comment travailler cette notion et toucher la singularité de chaque élève au sein du groupe sans en passer par un 'savoir' mais en passer par l'expérience. Elle nous a donc parlé des multiples petits exercices qu'elle a imaginé pour que cette notion soit travaillée d'une manière concrète et non théorique, en cherchant à faire travailler tous les élèves, qu'il n'y ait pas d'exclus.

Malgré quelques péripéties (il s'agissait d'un atelier assez long : 6 séances de 3 heures, alliant également le filmage en super-8), au terme de la projection des travaux des deux groupes composés, les élèves souhaitaient continuer le travail.

A l'ultime séance, habitués désormais à manier le projecteur super-8, ils repassaient en boucle (comme au temps de Lumière), leurs bobines de trois minutes, heureux et désireux de ne pas en rester là. Cela en est resté finalement là, mais nous avons tous trouvé que terminer un atelier sur du désir, était le signe que quelque chose avait passé…

Voici donc une trace d'hier soir, écrite d'un jet, donc forcément incomplète et subjective, mais c'est juste pour garder en mémoire quelque chose…

Rendez-vous donc au 7 février…

Annick

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4bis.

Bonsoir à tous,

Tout d'abord, je voulais vous prévenir que les mails principaux que je vous envoie, ceux qui peuvent participer à la 'structure', à ce qui fait lien entre les membres présents et à venir du SABLIER, qui constituent une trace de son histoire, sont mis en ligne sur le site d'Ouvrir le cinéma.
Je n'y avais pas pensé jusqu'à présent, mais du fait que le groupe est en train de se chercher, les nouveaux arrivants ou les arrivants en puissance, ont besoin de trouver un fil, un lien, pour décider s'ils ont envie de s'y accrocher ou non…

Par ailleurs, je voulais vous signaler un entretien avec Bernard Sobel, dans Le Monde, que vous avez peut-être déjà lu. J'ai établi un lien à partir de la rubrique 'dans l'instant' du site.
http://ouvrir.le.cinema.free.fr/pages/instant.html

Je vous propose de le lire dans les quelques semaines qui nous sépare de notre prochaine réunion.
Il me semble que Bernard Sobel aborde très simplement des questions qui nous concerne et dont il serait bon que chaque dise comment il les entend : c'est-à-dire partir des mots mêmes de Sobel, et en donner chacun sa 'résonnance'.
Selon la proposition du SABLIER, l'important n'est pas de porter nos échanges sur le plan du jugement (Sobel a-t-il raison ou tort? suis-je d'accord ou en désaccord avec ses propositions?) mais, d'une façon plus basique dire comment chacun, entend, interprète, ses paroles.
A bientôt

Annick

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4ter.

Mardi 31 janvier 2006

Bonjour à tous,

En attendant notre rendez-vous de la semaine prochaine, je vous propose de laisser de temps en temps vos pensées 'vaguer' un peu autour d'une expérience d'atelier, passée ou à venir… en évitant de chercher le contrôle et la maîtrise à tout prix.

Pour que vos récits puissent être porteurs d'idées nouvelles, j'ai l'impression qu'il faut 'laisser échapper' des choses, s'étonner soi-même, ne pas forcément se comprendre. Et pour cela, peut-être faut-il partir d'insatisfactions, d'obstacles, de questions non résolues, et pas forcément d'un récit chronologique ordonné et clair…

Qu'en pensez-vous?

À mardi

Annick

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5

Jeudi 9 février 2006

Bonjour aux présents (à) et aux absents (de) notre séance du 7…

Yves, arrivé le dernier, a manifesté sa surprise (ravie) devant le groupe, composé de nouveaux visages pour lui : Matthieu, Alexandra (qui nous ont rejoint en janvier), Catherine (première participation, même si le contact est établi depuis un certain temps), Carlos (première participation, suite au dépliant trouvé à la bibliothèque André Malraux).

C'était donc la cinquième séance du Sablier, mais en même temps, c'était comme une nouvelle première fois : trouver les moyens (les mots) pour faire connaissance, amorcer la rencontre, qu'il (se) passe quelque chose.

Questions de mots : cette fois-ci, principalement autour de « éducation à l'image », « culture de l'image ».

Yves a parlé de la remise en question au sein de son association, de l'expression « éducation à l'image » (en référence aux discussions du Sablier en octobre et novembre).

Catherine a le sentiment de faire du cinéma avec des personnes, quand elle « anime » des ateliers de réalisation. Sa tâche relève de la « sensibilisation ». Elle ne cherche pas trop à se définir par rapport à un cadre ou un programme institutionnel, même quand elle travaille dans des lieux institutionnels (un hôpital de jour, par exemple, ou même au sein de la médiathèque municipale qui l'emploie).

Alexandra, parallèlement à ses études à Paris 8 et à un projet de documentaire, cherche à élaborer un atelier d' « éducation à l'image », orienté sur le « décryptage » et l'analyse des images actuelles environnantes. Pour aller vers une sorte d' « auto-défense » (sa façon personnelle de mettre le doigt sur la nécessité de comprendre le fonctionnement des images) pour des « faiseurs d'images » (que les participants à son atelier puissent prendre conscience de leur capacité à produire eux aussi des images).

Carlos a exprimé ses doutes sur les modes actuels de décryptages des images, souvent trop liés selon lui aux modèles linguistiques des années 70.

J'ai posé la question de l'inconnu, qui par nature, n'est pas reconnaissable. Dans nos pratiques d'interventions, quelle place lui donnons-nous? (entre la possibilité de s'appuyer sur du connu, du aimé des stagiaires pour élaborer nos ateliers, ou sur cet inconnu. Ou sur les deux à la fois).

Bernard Sobel, directeur remercié du théâtre de Gennevilliers, s'est immiscé dans notre discussion par l'intermédiaire de l'entretien publié dans le journal Le Monde (voir la rubrique dans l'instant du site d'Olc), et dont je reprends ici un des passages:

« Parce qu'il ne faut pas confondre les pratiques artistiques et la culture. Ceux qui vont aux matches de foot parlent ensemble, ils ont leur vie, ils inventent leur culture. Les pratiques artistiques sont d'autres choses dont on peut faire aussi usage. Mais on ne peut pas prétendre dire à quelqu'un : "Voilà, je vais t'amener au musée, tu vas voir Cézanne et tu vas comprendre en quoi il est un révolutionnaire." Bien sûr, il faut faire son possible pour mettre Cézanne à la disposition de chacun. Mais, s'il y a une chose qui ne peut pas être collective (et c'est un mensonge que d'affirmer le contraire), c'est l'aventure de la rencontre de chaque individu avec cette autre dimension de l'humaine condition que sont les pratiques artistiques. Vous ne pouvez pas y amener des cohortes de gens. »

La rédaction de ces lignes m'amène à terminer par le récit de Catherine qui eut lieu pourtant en début de séance. Comment sa participation à un d'atelier Super-8 autour du portrait et du miroir (tournage, le temps d'un week-end, montage très long) s'est avéré une expérience décisive qui lui fait parler d'événement « matrice », qui l'habite encore maintenant, dans sa vie de cinéaste, dans les ateliers qu'elle anime, et dans sa vie tout court. Elle a également parlé du fait que le film issu de cet atelier n'est pas devenu un film collectif.

Tout cela pose entre nous la question 'basique' (on pourra revenir sur ce terme la prochaine fois) du collectif et du singulier.
A suivre…
En attendant le 7 mars…
Annick

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6

Vendredi 10 mars 2006

Bonjour à vous,

Catherine et Cristobal ont fait connaissance en découvrant qu'ils travaillaient sur le même territoire (93). Il a donc beaucoup été question d'institutions lors de cette séance du 7 mars, qu'elles soient publiques (comme une médiathèque, pour Catherine) ou associatives (association « socio-culturelle », pour Cristobal). J'ai été attentive à leur échange, à leurs curiosités réciproques car c'est une des vocations que j'imagine pour Le Sablier : créer un lieu qui puisse si possible échapper aux étanchéités administratives et faire se rencontrer celles et ceux qui auraient pourtant intérêt à travailler ensemble. Mais la diversité des ressources financières (Culture, Éducation nationale, Conseil régional, ...) crée semble-t-il des barrières invisibles : par exemple, entre le « culturel » et le « socio-culturel ».

Et pourtant, un certain nombre de films réalisés avec les habitants circulent et sont diffusés par la médiathèque de Catherine.

C'est ainsi que l'on en est venus à parler de certains absents : Xavier, responsable de programmations de films pour les « scolaires » dans le 93, Carlos, réalisateur qui intervient en liaison avec la même association que Cristobal. Surtout Catherine, qui ne connaît ni Xavier ni Carlos souhaiterait pouvoir parler avec eux lors d'un prochain Sablier.

Avant de partir, Catherine est revenue sur la finalité du Sablier, comme groupe de parole et d'écoute. J'ai insisté sur le côté « terre franche » ou « città aperta » du projet (même si je ne l'ai pas dit comme ça). Des voix. Des regards. Des paroles qui s'envolent sans autre but que de nous aider, dans nos singularités, à poursuivre notre chemin...

À bientôt

Annick

PS. un malentendu s'est glissé dans mon interprétation du récit de Catherine lors de la séance de février : l'atelier Super-8 auquel elle a participé a bel et bien abouti à un fiilm collectif même si tout le groupe n'a pas participé au montage.

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7

Lundi 10 avril 2006

Bonjour à vous,

« …On a fait une première réunion le lundi, ça avait l’air de prendre, on était cinq ou six… Lundi dernier, de quatre à cinq, j’y suis allé, comme d’habitude ; il n’y avait personne. […]
Mais j’applique la règle de Tosquelles, la règle de l’autobus : il y a une réunion de quatre à cinq, j’y vais, même s’il n’y a personne, j’emmène mes livres, je lis, je ferais la réunion tout seul ; comme un conducteur d’autobus, même si le bus est vide ; on ne va pas supprimer la ligne pour autant. »

Jean Oury in Jean Oury, Marie Depussé, À Quelle heure passe le train… Conversations sur la folie, Calmann-Lévy, 2003, p.98.

« En ne venant pas hier vous m’avez permis aujourd’hui de parler de votre absence. Vous avez installé quelque chose entre nous. Alors qu’hier je n’avais rien à vous dire. »
Alexandre à Veronica, La Maman et la putain, Jean Eustache, 1972.

Jeudi, j'ai donc appliqué la règle de l'autobus. Et me voici aujourd'hui à vous écrire à partir de votre absence.

Comment ça marche un groupe ? Comment se fait-il que parfois on sent bien qu'il se passe quelque chose et parfois non ?

Le hasard de mon emploi du temps et des rencontres a fait que j'ai appliqué pour la première fois la règle de l'autobus, alors que je revenais du Havre…
(http://ouvrir.le.cinema.free.fr/pages/instant.html)

… où nous avions beaucoup discuté de la classe comme milieu vivant qui a besoin, pour exister, de renouveler sans cesse ses sources d'énergie (« aller chercher ailleurs »), et d'instituer des règles acceptées par tous.

Quelles règles avons-nous institué au Sablier ? Pour l'instant je n'en ai vu qu'une seule : celle de fixer la date des réunions le premier mardi du mois (décision prise par les présents à la réunion de novembre).

C'est donc au moment où je suis obligée de transgresser cette règle, en fixant notre rencontre au jeudi, que je me suis vue appliquer la règle de l'autobus.

Je propose que la fois prochaine nous parlions de cela :

1/ Quelles règles instituer entre nous ? En questionnant notre propre groupe nous questionnerons bien sûr n'importe quel groupe au sein duquel nous pouvons nous retrouver dans nos pratiques professionnelles (classe, équipe de tournage, atelier, etc.)

2/ Sur la question des sources d'énergies, il me semble que pour le Sablier l'une des principales, désignée comme telle, ce sont nos expériences individuelles de terrain et la manière dont leurs récits peuvent s'insérer dans le groupe au moment de nos séances.

Mais quelle différence entre le fait d'en parler au sein du Sablier ou à une réunion organisée par une structure culturelle (Carlos m'a envoyé le programme des journées de réflexion organisées par Arcadi et Périphérie, c'est pour cela que j'y pense). Nous y avons déjà fait allusion mais peut-être pas assez.

Donc, rendez-vous au 2 mai

Bon mois d'avril

Annick

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8

Vendredi 5 mai 2006

Bonjour à vous,

Vous allez toutes et tous recevoir ce mail, y compris celles et ceux qui ont dû renoncer à venir cette année...

Tout d'abord, je vais vous demander un petit effort d'attention sur quelques lignes de Deleuze que je viens de lire et qui correspondent exactement à l'objectif que je m'étais formulé en faisant venir à la réunion du 2 mai, une enseignante d'arts plastiques du collège Jean Moulin d'Aubervilliers (classé ZEP) :

Il s'agit de la transcription d'un entretien avec la rédaction des Cahiers du cinéma, publié dans le n° 380 de février 1986.

« La rencontre de deux disciplines ne se fait pas lorsque l'une se met à réfléchir sur l'autre, mais lorsque l'une s'aperçoit qu'elle doit résoudre pour son compte et avec ses moyens propres un problème semblable à celui qui se pose aussi dans une autre. On peut concevoir que des problèmes semblables, à des moments différents, dans des occasions et des conditions différentes, secouent diverses sciences, et la peinture, et la musique et la philosophie, et la littérature, et le cinéma. Ce sont les mêmes secousses dans des terrains tout différents. Il n'y a de critique que comparée (et la critique de cinéma devient mauvaise quand elle se referme sur le cinéma comme sur un ghetto), parce que toute œuvre dans un domaine est elle-même auto-comparante. Godard affronte la peinture dans Passion, et la musique dans Prénom Carmen, et fait un cinéma sériel, mais aussi un cinéma de la catastrophe, en un sens qui répond à la conception mathématique de René Thom. Il n'y a pas d'œuvre qui n'ait sa suite ou son début dans d'autres arts. J'ai pu écrire sur le cinéma, non par droit de réflexion, mais quand des problèmes de philosophie m'ont poussé à chercher des réponses dans le cinéma, quitte à ce que celles-ci relancent d'autres problèmes. Tout travail s'insère dans un système de relais. » (C'est moi qui souligne)

Gilles DELEUZE, « Le cerveau, c'est l'écran », Deux Régimes de fous, Minuit, 2003.

Connaissant cette enseignante, je lui ai proposé de venir parler de sa manière de travailler avec des élèves qui préfèrent jouer au foot et qui disent qu'ils ne savent pas dessiner. Et j'ai pensé, qu'en l'écoutant, cela nous porterait à questionner notre propre pratique lorsque nous travaillons, d'une manière ou d'une autre, le cinéma, avec des jeunes ou des moins jeunes.

Sa démarche a été très généreuse. Son récit, long et précis. Elle l'a replacé dans le contexte de son statut d'enseignante (devenir maître auxilliaire pour payer ses études). Je m'apprêtais à l'écouter, ayant en tête la thématique du résultat dans le domaine de l'éducation à l'image qui, selon mon hypothèse, est peut-être une façon tendancieuse de poser la question de l'efficacité de notre travail lorsque nous nous trouvons en position d'intervenant.

En fait, dans sa parole, j'ai entendu de multiples ébauches de questionnements en chaînes.

Il serait vain de chercher à résumer en trois lignes ce dont nous avons discuté après l'avoir écoutée. Mais nous n'avons pas vu passer l'heure et nous nous sommes quittés, Sonia, Cristobal, Muriel, « la prof d'arts plastiques » et moi, à 23 heures plus que sonnées !

Le SABLIER est prévu, « en théorie », pour fonctionner jusqu'en juin. Mais l'aspect aléatoire de vos présences, de vos absences non annoncées, me laisse perplexe quant à vous confirmer une date pour le mois prochain.

Qu'il se passe quelque chose dans un groupe : c'est une chose très mystérieuse dont on ne peut trouver la clé en cherchant du côté des causes et des effets.

Il y a de ces choses mystérieuses qui ne sont pas venues visiter cette année LE SABLIER.

Alors, entre ce qui était écrit dans le petit dépliant ou l'annonce sur Internet, entre ce qui pouvait se lire éventuellement entre les lignes, entre ce que vous y avez entendu et la manière dont se sont déroulées les séances : quel(s) rapport(s) ?

Voilà, c'est à vous de me dire…

Bon mois de mai

Annick

PS. Pour visionner les travaux des élèves du collège Jean Moulin…

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9

mercredi 7 juin 2006

Bonjour !

Je vous écris, simplement pour poser votre silence afin qu'il puisse trouver une petite place dans le cheminement de nos rencontres de cette année et, pourquoi pas ?, nous orienter, chacun à notre guise, vers la difficile question de la fonction parlante au sein d'un groupe.

Bien à vous,

Annick

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Ouvrir le cinéma

   
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