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Construire ses propres outils [contexte 1] [contexte 2]

Jean Oury, « Le pré-pathique et le tailleur de pierre », Chimères, n°  40, Les enjeux du sensible, 2e partie (Le bruit du temps), automne 2000, p. 28. [Ouvrez !]

« Quelqu’un est venu plusieurs années à mon Séminaire de Saint-Anne, un tailleur de pierres, un “pierreux”. Je lui ai demandé pourquoi il continuait de venir. Il m’a répondu : “C’est parce que vous dites la même chose que ce que je pense dans mon travail, ce sont les mêmes outils.” J’étais très ému et je lui ai demandé qu’il fasse le séminaire à ma place un soir. C’était extraordinaire. Il expliquait qu’il fallait former ses outils soi-même, les tailler soi-même pour qu’il n’y ait pas d’accident. […]
Pour être en prise, chacun doit construire sa propre métapsychologie. Freud très modestement n’a pas cessé de construire, de raturer et de recommencer la sienne propre. Toute personne concernée par le domaine éducatif ou psychothérapique construit sa propre métapsychologie. »

Ludwig Wittgenstein, Recherches philosophiques (1945), Gallimard, 2001.

« Pense aux outils qui se trouvent dans une boîte à outils : marteau, tenailles, scie, tournevis, mètre, pot de colle, colle, pointes et vis. — Les fonctions de ces objets diffèrent tout comme les fonctions des mots. (Et il y a des similitudes dans un cas comme dans l’autre.)
Ce qui nous égare, il est vrai, est l’uniformité de l’apparence des mots lorsque nous les entendons prononcer ou que nous les rencontrons écrits ou imprimés. Car leur emploi ne nous apparaît pas si nettement. Surtout pas quand nous philosophons ! » (§11, p. 32-33)

« C’est comme lorsque nous regardons le tableau de bord d’une locomotive. Il s’y trouve des manettes qui se ressemblent toutes plus ou moins. (Ce qui est compréhensible, puisqu’elles doivent toutes pouvoir être actionnées à la main.) Mais l’une est la commande d’une manivelle que l’on peut faire tourner de façon continue (elle règle l’ouverture d’une soupape), une autre celle d’un interrupteur qui n’a que deux positions — marche ou arrêt —, une troisième est la commande d’un frein — plus on la tire, plus elle freine —, une quatrième celle d’une pompe — elle ne fonctionne que quand on la fait aller et venir. » (§12, p. 33)

Vincent Beaubois, « Un schématisme pratique de l'imagination », revue Appareil , n° 16|2016, « Individuer Simondon. De la redécouverte aux prolongements ». [Ouvrez !]

« Cherchant à comparer et à classer les objets selon une logique proprement technique, Simondon oppose le concept de « schème » à celui, plus communément admis d' « usage » : une connaissance technique véritable ne doit pas classer les objets selon une finalité extrinsèque comme l'usage, mais selon une logique interne correspondant à leurs schèmes de fonctionnement. Ainsi pour reprendre un exemple classique, une logique technique ne va pas rassembler sous une même famille un moteur à vapeur et un moteur à ressort sous prétexte qu'ils pourraient avoir le même usage, mais va plutôt faire ressortir l'analogie réelle existant entre le moteur à ressort et l'arc, ces deux artefacts présentant un schème de fonctionnement similaire (détente d'une énergie potentielle). » (p. 5)

« Il existe trois strates d'expression du schème technique d'un objet : 1/le « schème historique » stabilisé dans une structure donnée ; 2/le « schème linéal » qui exprime la métastabilité du schème au sein d'une même lignée ; 3/Enfin, le « schème pur » qui peut se transposer d'une lignée à une autre. […] Une valve est un objet qui sert à conduire un fluide dans un sens donné. Si l'on s'intéresse à une valve particulière, c'est-à-dire à une structure technique matériellement et historiquement déterminée, donnée hic et nunc — par exemple, un clapet anti-retour à bille — on va s'intéresser à son schème historique.
Si en revanche on s'intéresse à ce qui est commun à la lignée de clapets anti-retour, on délaisse les schèmes historiques particuliers (clapets à bille, à battant, à disques, etc.) pour s'intéresser au schème linéal. Le schème linéal commence à se détacher des contingences historiques de telle ou telle structure pour caractériser ce qui fait le propre d'une lignée technique : on peut considérer à ce titre qu'un dispositif architectural comme l'écluse, qui conduit un fluide dans une direction donnée, partage un même schème linéal avec le clapet anti-retour à bille sans pour autant partager son schème historique. Le schème linéal fait apparaître une certaine communauté technique centrée sur un principe de fonctionnement spécifique.
Simondon définit enfin un troisième niveau de schème, différent des niveaux historique et linéal : « Au-dessus de ce genre existe un schème pur de fonctionnement qui est transposable en d'autres structures ». Le schème pur décrit le principe général de l'opération d'une valve, à savoir le fait d'assurer une écoulement asymétrique. Ce schème pur est ainsi commun à différentes lignées comme celle des valves mécaniques (clapets anti-retour) et celles des valves organiques (le coeur, les artères et les veines), les vaisseaux sanguins assurant aux-mêmes un écoulement asymétrique du sang. Le schème pur permet de caractériser une opération commune non plus au sein d'une même lignée, mais entre des lignées différentes, dessinant ainsi communauté technique trans-linéale. Cette transposabilité du schème pur est ce qui permet de définir le schème comme étant « trans-structurel » : de l'analyse du schème historique d'une structure déterminée, on peut opérer ce que Simondon appelle une « analogie réelle » transposant ce schème opératoire à des structures différentes. Simondon lui-même opère ce genre de transposition lorsqu'il montre qu'il existe une analogie réelle entre le moteur à ressort (que l'on trouve dans les montres par ex) et l'arc, tous deux présentant le même schème pur de fonctionnement consistant en l'emmagasinage d'une énergie restituée ensuite par détente ; ou bien lorsqu'il parle du « schème de relaxation » comme étant commun à la fois au fonctionnement d'une fontaine intermittente et au phénomène du tremblement de Parkinson. » (p. 6-7)

« Une connaissance technique véritable n'est pas, pour Simondon, une connaissance spécialisée d'un type particulier de structures. Elle est, au contraire, une connaissance transversale, un schématisme de l'imagination pistant les lignées techniques et se baladant dans les phylums : suivre une lignée, c'est ainsi bondir de la veine au clapet anti-retour, de l'arc au moteur à ressort. L'avènement d'une invention, c'est-à-dire d'une réorganisation nouvelle de la structure d'une chose, ne se fait donc pas à la faveur du pur esprit humain, mais de la capacité de se brancher cognitivement, affectivement et pratiquement sur des lignées techniques, venant suivre des relations analogiques dynamiques. » (p. 8)

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