carnet d'annick bouleau : carnet 4 [27 septembre 2015 -]

observer, deviner, pratiquer

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Ce carnet fait référence à des positions, à des pensées, que l'on peut retrouver sur le site. Notamment la rubrique Constellation pour l'usage de certains concepts. Il avance aussi en « voyant », en devinant, pour découvrir d'autres territoires…

dimanche 27 septembre 2015

— Flo ! il faut dire quoi ?
—  On ne parle pas aux gens qui utilisent le verbe être !


[Écoutez !]

— monsieur et madame Martin, c'est pas vos parents  ?
— N'employez pas le verbe être, s'il vous plaît  !
— Alors, là, je comprends rien du tout !
— Alors ?
— Ça répond pas !
— Pas étonnant  ils sont tous des portables dans quoi ils disent qu'ils ne sont pas là !
— Hé !
— Oh ! Pardon ! Dans quoi ils disent qu'il n'y a personne !… allez, Ouste, FR3 !
— Oh, non !
— Mais j'comprends pas les clés sont… Il doit y avoir un problème !
— Voilà, employez le verbe avoir, tout ira mieux en France…
— Vous avez trouvé ça dans Balzac, Flo ?
— Florine…

[Écoutez !]

« Voyez-vous, avec le verbe être, le manque de réalité devient flagrant. Par exemple : “On est bientôt à Barcelone” — mieux vaut dire : “Barcelone, nous accueille bientôt”. »

[Écoutez !]

[Source]  [Source]  [Source]  [Source]  [Source] [Source]


JLG éclaire la piste, allons-y voir…

mardi 29 septembre 2015

… en passant par l'éclairage de Lévi-Strauss…

Dès la naissance et — je l'ai dit tout à l'heure — probablement même avant, les êtres et les choses qui nous entourent montent en chacun de nous un appareil de références complexes formant système : conduites, motivations, jugement implicites que, par la suite, l'éducation vient confirmer par la vue réflexive qu'elle nous propose du devenir historique de notre civilisation. Nous nous déplaçons littéralement avec ce système de références. Et les ensembles culturels qui se sont constitués en dehors de lui ne nous sont perceptibles qu'à travers les déformations qu'il leur imprime. Il peut même nous rendre incapables de les voir.
claude lévi-strauss, « Race et culture », conférence prononcée à l'Unesco, le 22 avril 1971. [texte] [audio]

esse posse
Parce que le verbe être, je m'en méfie comme de la peste. Le verbe être, c'est un verbe qui n'existe pas dans toutes les langues, alors je me demande comment les langues dans lesquelles le verbe être n'existent pas, qu'est-ce qu'ils appellent l'ontologie ? Ce serait une première recherche à faire tout à fait essentielle pour savoir si quand on parle d'ontologie on parle de quelque chose. Moi, je n'en suis pas sûr. Et je pense que d'ailleurs, on se paye de mots avec l'ontologie. Ce qui est… Et d'ailleurs là je me rends compte tout à fait, … mon petit camarade Tosquelles… mon pais ! Mon « pays »… Parce que lui, il disait — avec beaucoup de clarté ! — Il disait : Il faut remplacer Esse (le verbe « être ») par Posse … Possible… Alors, ça, moi je suis partant !
michel balat, intervention à un séminaire organisé dans le cadre des activités du Centre d'études du vivant, « La psychanalyse travaillée par les extériorités », vendredi 18 janvier 2013.

relation symétrique relation asymétrique
La langue permet en effet deux types de relations entre notions au sein d'une phrase : la première, symétrique, qu'on conviendra d'appeler « connexion simple », consistant dans leur simple juxtaposition (« le chat et ses moustaches ») ; la seconde, antisymétrique, d'« appartenance » ou d'« inclusion » (« la souris est un rongeur »). La relation symétrique s'exprime de manière générale dans nos langues soit à l'aide de la pseudo-copule « avoir » (« le maître a un chien », « le chien a un maître »), soit à l'aide du génitif (« le chien du maître », « le maître du chien »). La relation antisymétrique s'exprime quant à elle par l'un des nombreux usages de la copule « être » : « un lion est un mammifère », différent quant au sens de l'inadmissible « un mammifère est un lion ».

Les anthropologues avaient repéré ce qui leur apparaissaient comme faits révélateurs d'une « mentalité primitive » dans les raisonnements tenus par les membres de certaines cultures exotiques et tout particulièrement de celles peuplant le pourtour de l'océan Pacifique et dont la Chine ancienne représentait la forme la plus achevée. Ces faits de mentalité primitive signalent une altérité radicale dans la manière d'appréhender le monde à l'aide d'un univers de mots. Ils résultent de l'absence, dans ces langues, de la relation antisymétrique entre notions, obligeant à ne reconnaître entre elles qu'une connexion simple et interdisant en particulier en leur sein l'emboîtement des catégories que suppose toute taxinomie. Le principe qui préside alors au regroupement des notions n'est pas, comme chez nous, celui de la ressemblance visible, mais celui de la similarité de la réponse affective.

Si les phénomènes de mentalités primitives nous apparaissent tels, c'est parce que nous, Occidentaux des premières années du XXIe siècle, imposons involontairement une interprétation antisymétrique à un type de pensée qui ne postule entre les choses (au sein de sa langue) que la relation symétrique. Un exemple qui sera particulièrement analysé est celui des Nuer du Soudan, qui considèrent que « les jumeaux sont des oiseaux », proposition qui apparaît paradoxale uniquement parce que nous sommes incapables d'y lire autre chose qu'une relation d'inclusion de la catégorie des jumeaux dans celle des oiseaux.
paul jorion, Comment la vérité et la réalité furent inventées, Gallimard, Bibliothèque des sciences humaines, 2009, p. 13-14.

dimanche 21 août 2016

De taxis (héritage grec) à classis (héritage latin)…

« Le malheur est venu, en cette voie philosophique, de la simplification sotte d'une question où l'exubérance baroque se fit jour. On simplifie, en général, au moyen d'un choix forcé : continu ou discontinu, analyse ou synthèse, le tiers étant exclus. Dieu ou diable, oui ou non, avec moi ou contre moi, de deux choses une seule. Or la complexité fait signe du côté du réel, alors que le dualisme appelle à la bataille, où meurt la pensée neuve, où disparaît l'objet. Le dualisme sert à définir proprement des créneaux où s'installent, en équilibre pour longtemps, des combattants qui manquent de courage. On se bat pour ne pas travailler, on travaille de ne pas se battre. La recherche disparaît au profit du partage des écoles, en sectes, en groupes de pression, l'espace du problème disparaît sous le quadrillage grouillant des occupants. La classification, du latin classis, corps d'armée, est le résultat, aussi, du rapport de forces, elle a beaucoup de rapport au combat et très peu à l'enjeu, ou beaucoup à l'enjeu et très peu à l'objet. La simplification vient de la lutte. Il faudrait injecter de la paix pour y voir un peu plus clair, quitter l'espace du combat, où s'élève la poussière, pour avoir de la vue. Ce pourquoi l'inventeur paraît toujours venir du dehors, c'est qu'au-dedans le tohu-bohu de la lutte couvre, de son bruit de fond continu, les messages pertinents, c'est que le dedans même est structuré par ce bruit-là. C'est l'erreur quotidienne et commune. »
michel serres, Le Passage du nord-ouest, Seuil, collection Critique, 1980, p. 21-22.

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