LE COIN D'ANNICK BOULEAU : FILMOGRAPHIE

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Intimités

Vidéo-paluche, n & bl., 30', 1984.
Conception, réalisation, montage : Annick Bouleau
Production : CAC de Montbéliard-théâtre de Gennevilliers-Ansedonia, avec la participation du CNRS et del'INA.

Le montage original n'existe plus.
Une version n. 2 — avec trois plans modifiés — est visionnable en salle P de la BNF et disponible à la location (pour les institutions) sur le catalogue d'Heure exquise !

Pour faire un lien vers cette page :
http://ouvrirlecinema.org/pages/mon-coin/ab/filmo/intimites.html
Un autre film tourné en Paluche [Ouvrez !]


>>> Clic sur l'image pour accéder à l'extrait (4'05)
[Projet]['Volantino'][Critique]

1 -
Intimité. Quand j'ai le cafard, je peux camper dans ma salle de bains. Curieusement un endroit qui me rassure. Là, je suis seule, le silence. Je me récupère. Mon corps et ma tête. Puis, je sors, je peux à nouveau affronter l'extérieur.

Le bruit de l'eau, le savon qui glisse, la brosse à dent déposée dans le verre, le tiroir qu'on referme. Gestes-caresses.

Dans cette intimité, chaque geste, chaque bruit devient unique, grandiose, éloquent, primitif, éternel.

La lumière sur les murs brillants, sur la baignoire.

Degas. Les femmes à leur toilette. Les positions des corps.

Celles de Bonnard. La lumière sur les corps.

Obsession du blanc à l'écran. Manet. Le blanc et le noir de Manet.

L'heure de la toilette. Ni tout à fait le jour, ni tout à fait la nuit, le matin au réveil, le soir au coucher.

Ce temps limite, pas tout à fait réveillé, pas tout à fait endormi.

Son propre corps. Le corps de l'autre.

Filmer des gens que je ne connais pas. Travailler avec la Paluche. Envie de filmer au plus près, mais aussi en plans larges (travailler avec le 12 mm). Quelqu'un qui veut bien me faire partager ce moment d'intimité.

Jeu avec la lumière. Les objets, les fragments du corps qui tendent vers une certaine abstraction. Mouvements lents ou rapides. Le grain de la peau, du savon, de la vidéo.


(Juin 1983. Lignes_points de départ pour Intimités)

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2 -
12 octobre 1983. Entretien avec Dominique Laporte, auteur de Histoire de la merde, 1978, éditions Christian Bourgois.

Pour me préparer à filmer (davantage que pour préparer le film, comme on dit habituellement), telle était la motivation de cette rencontre enregistrée

« Je suis finalement heureux que vous m'interviewiez, parce que… ça fait assez longtemps que ça ne m'était pas arrivé, et puis… comme je vis, la plupart du temps, en ce moment, par l'effet de circonstances assez… malheureuses, je vis la plupart du temps en province, je manque terriblement de pouvoir parler avec des gens. »

« Ce que vous dites ne pas maîtriser, ça veut dire au contraire que vous le menez avec suffisamment de tact pour amener les gens à parler de ce qui est votre désir, et qu'ils perçoivent !… qu'ils perçoivent… plus ou moins… plus ou moins secrètement !… c'est au contraire une très belle chose ! une très bonne chose ! »


La conversation a débuté dans une bruyante petite crêperie du quartier Montparnasse, tout près de l'hotel Central où séjournait Dominique Laporte lorsqu'il venait à Paris. Très fatigué par la maladie, il a souhaité poursuivre dans sa chambre. Il s'est allongé, a fumé quelques cigarettes…
[Lire !] [Écouter/Lire !]

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2 bis -
L'invention de la lettre — Hommage à Edmond Jabès


«  S'il faut refuser de confier la glose parlée de son œuvre à la machine, s'il faut accepter de se taire devant les micros, ce n'est pas seulement parce que quelque chose se perd de la parole du livre dès lors que je parle à sa place  ; c'est parce que quelque chose meurt, de la vie de cette œuvre en moi, dès lors que je brise le pacte silencieux qu'elle passe avec le lecteur. Parce que c'est écrit, parce qu'un livre est écrit au mépris de tout commentaire sur soi, qui dirait d'avance ce qu'il est, le lecteur, chaque lecteur fait son chemin dans l'œuvre, il parcourt le livre comme un voyageur un paysage qui ne serait pas balisé, borné, identique dans son concept pour chacun, sans risque : on ne risque pas de se perdre quand la machine décrit à l'avance le parcours qui presse le lecteur de se réfugier en lui comme en terre. »
Dominique Laporte, «  L'invention de la lettre  », LITTORAL, n° 2, octobre 1981, p. 147-150. [Ouvrez !]
Je découvre très tardivement (mars 2015) ce texte de Dominique Laporte. Il relance chez moi, l'analyse de cette rencontre enregistrée dont le point d'embrayage ne fut pas LE LIVRE de D. Laporte (Histoire de la merde) mais ma lecture  : ma rencontre avec lui. Cela a pour effet immédiat de me transporter vers un autre chantier de ce site, la publication de Passage du cinéma, 4992 [Ouvrez !]

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3 -
Le son de la peau


« La performance d'Annick Bouleau demandant à des hommes et des femmes qu'elle ne connaît pas de se laisser filmer pendant qu'ils se lavent, se baignent, se douchent, se peignent, est double. C'est d'abord une réussite éthique, qui suggère une complicité réelle entre celle qui cadre et ceux qui sont cadrés, sur la base d'un don réciproque (position comparable à celle d'une Joan Logue mais à l'opposé d'une Sophie Calle). C'est ensuite une réussite technique, une de plus à inscrire au palmarès de la Paluche, car on imagine mal le même type d'approche, la même proximité avec une autre caméra (vidéo ou cinéma). On a toujours l'impression d'occuper une place idéale, ni trop loin ni trop près, impossible à tenir « dans la vie », et pas davantage dans l'imaginaire, qui donne un regard de biais, place où nous y sommes sans y être, qui serait celle du sujet lui-même se regardant agir, non comme il se regarderait agir lui-même s'il n'y avait pas d'observateur, mais se regardant comme il pense qu'un autre le regarderait en toute quiétude.

Le temps suspend son vol au-dessus d'un bonheur qui n'arrive pas d'habitude, mais d'un bonheur unique qui survient du fait de la présence d'une caméra (et de celle qui la tient), présence cristallisant une infinité de gestes milles fois répétés, qui prennent soudain, d'être regardés de cette façon, un sens. Un sens léger. D'utile inutilité.

Autrement dit, ce que nous donne à voir Annick Bouleau ce n'est pas d'abord de la vie quotidienne, du matériel ethnologique (qui existe néanmoins) mais avant tout du temps qui passe tel qu'il passe devant une caméra, cette caméra du temps qui n'a jamais été tel et qui ne le sera plus jamais. en direct avec l'unique d'un unique qui n'existerait pas s'il n'était pas filmé. Une sorte de feed-back abstrait. Mais retentissant. Avec chaque sujet différemment. Miroitement des différences. Une sorte de preuve oblique en serait la marquetterie des bruits qui prennent tout à coup une densité très individualisée. Annick Bouleau a appréhendé le son de la peau. De chaque peau. C'est là comme la nudité même de la vérité de sa démarche. Quelque chose qui échappe au court-circuit complexe des regards.

Une fois de plus, en vidéo, la vérité vient à l'image par le son. Sauf que dans Intimités (c'est le titre de cette vidéo de 31', commencée avec l'aide de l'INA, achevée avec celle de Montbéliard), Annick Bouleau fait de cet écart — entre effet de semblant/effet de vérité — son sujet même. Ce qu'il y a d'intime dans une image, seul un son peut l'exhiber. Discrètement. Comme au revers de lui-même, dans sa réverbération. Buée qui s'efface sur un verre qui refroidit. »

Jean-Paul Fargier, Cahiers du cinéma, avril 1985



4 -
Récits de vie
Ici, je mettrai en ligne des extraits des retranscriptions des récits de vie enregistrés avant le tournage.


5 -
Confidences (Nuits magnétiques/France Culture)
Intimités a fait l'objet, quelques années plus tard, d'une série (4 soirées de 90' pour l'émission d'Alain Veinstein, Nuits magnétiques, sur France Culture, que j'avais intitulée « Confidences » (novembre 1988)..

J'y ai associé des extraits sonores des récits de vie d'habitants de la rue de Lappe à Paris (où a été tourné Intimités, rappelons-le en 1983-84, lorsqu'il y avait encore des Auvergnats !) rencontrés pour le film avec des entretiens de personnes recevant des confidences dans leur cadre professionnel : une psychanalyste, mais aussi une avocate, une cartomancienne, une journaliste.

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6 -
Notes parlées
: entre le 11 et le 23 avril 1988, au tout début de la préparation de la série « Confidences », j'ai parlé, enregistré, chez moi (quel destinataire ?) devant un micro, quand la nécessité se présentait. Je n'avais jamais écouté cette K7.
Cela aurait pu être une sixième émission de « Confidences ». La voici.
Durée : 51'. [Écoutez !]



7 -
… Encore plus tard, presque trente ans plus tard…


« […] Je pense à cet homme, filmé lui aussi dans les instants de son réveil, mais dans un rythme bien différent qui le montre déjà épuisé par tous les heurs et malheurs que la vie lui aura infligés, pendant que la radio débite un inutile horoscope (cela se voit dans Intimités d'Annick Bouleau). »

Georges Didi-Huberman, Peuples exposés, peuples figurants. L'œil de l'histoire, 4, éditions de Minuit, 2012, p. 230.


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