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L’ambivalence du corps [contexte]


Umberto Galimberti, Les Raisons du corps, Grasset-Mollat, 1998.
Introduction, p. 9-14.


« … au moment où la spécificité de l’homme est soustraite à l’ambivalence de ses expressions corporelles pour être résumée dans cette unité idéale de la psyché qui, à partir de Platon, deviendra pour l’Occident le lieu de la reconnaissance de l’unité du sujet ou de son identité. Mais ce lieu d’identité contient déjà le principe de la séparation, car la psyché, en tant que conscience de soi, commence à se penser pour soi, et donc à se séparer de sa propre corporéité. La première opération métaphysique est en effet une opération psychologique.

Bien que sa dénomination dérive de l’arrangement des écrits aristotéliciens placés après (μετα — meta) les livres de physiques (τα φυσιχα, ta phusika), la “métaphysique” s’est vu donner très vite et de façon cohérente une signification topique qui, en désignant un au-delà de la nature, et donc une science du suprasensible, se différencie du monde des corps, parce que contrairement à leur devenir et à leur changement, elle représente ce qui est immuable et éternel. L’idée platonicienne est le modèle de cette séparation et de cette opposition, et la psyché en tant qu’ “amie des idées” ne tardera pas à considérer le corps comme sa prison ou son tombeau.

Dès lors que la vérité est conçue comme Idée, l’opposition entre l’idéal et le sensible, l’âme et le corps, devient une opposition entre le vrai et le faux, le bien et le mal. Toutes les valeurs logiques et morales naissent de cette opposition que la métaphysique a créée et que la science moderne a conservé car, comme le remarque Nietzsche : “la croyance fondamentale des métaphysiciens c’est l’idée de l’opposition des valeurs”. […]

En se donnant comme ceci mais aussi cela, le corps en tant que signification fluctuante, qui se soumet à tous les jugements de valeur en même temps qu’il s’y soustrait, dans son ambivalence les fait tous osciller. […]

Cette erreur ne concerne pas seulement la connaissance psychologique, mais toute connaissance rationnelle qui, en se soustrayant à la polysémie de la réalité corporelle, se donne comme une assertion incontestable sur cette réalité. Dans ce passage de la vérité comme ambivalence à la vérité comme décision sur la vérité et l’erreur, la connaissance rationnelle oublie qu’elle n’est qu’un processus interprétatif parmi d’autres pour se donner comme principe absolu. Parce qu’elle oublie qu’elle n’est qu’une illusion nécessaire pour dissoudre l’énigme de l’ambivalence, la connaissance, en vertu de cet oubli, devient une illusion perverse. […]

Reconquérir l’ambivalence du corps, donc, ne signifie pas refuser la connaissance rationnelle, ni encore moins constater sa démission, mais plonger jusqu’aux racines de cette connaissance pour la découvrir dans ce qu’elle est : rien d’autre qu’une tentative de faire face à l’ambivalence de la réalité corporelle qui, ainsi redécouverte est ce qui donne raison aux multiples raisons. »

Umberto Galimberti, Les Raisons du corps, Grasset-Mollat, 1998.
Chapitre I, le corps en Occident : l’équivalence, p. 51-52-56.

« La science est désormais pour nous le réel. Son point de vue sur le corps qui le reproduit non pas tel qu’il est vécu par chacun de nous, mais tel qu’il apparaît au regard anatomique qui l’a sectionné (άνα τέμνειν - ana-temneien), comme on sectionne n’importe quel objet, nous est devenu si familier que chacun de nous n’a aucun mal à renoncer à sa propre expérience et à dévaloriser sa vision du corps pour adopter la définition objective de la science qui affirme partes extra partes et qui n’admet que des relations physico-chimiques, parce que ce sont les seules qui peuvent être calculées avec exactitude.

Quand la réalité est absorbée par ce modèle de simulation qu’est le discours scientifique, notre vie n’est plus réglée par notre expérience, mais par les modèles qui l’engendrent et notre corps est obligé de vivre une existence fantasmatique dans l’organisme biologique que décrit la science. »

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