LE COIN D'ANNICK BOULEAU : FILMOGRAPHIE

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champcontrechamp

(2010)
Dispositif associant une vidéoprojection murale et un moniteur TV, en face à face, composé de :


                

Voir ce que tu ne verras jamais, DV couleurs, 53', 2003.[Voir !]
et de…
L'instant fatal, vidéo-paluche, 3/4 U-Matic n&bl, 35', 1985. [Voir !]


(Présentation)
Mes deux amis, François Moulignat et Joël Barguil ont ouvert un centre d'art dans un ancien chai qu'ils ont restauré, sur les bords du canal du Midi, près de Narbonne, à Ventenac-en-Minervois. Ils m'ont proposé de participer à leur première exposition. [Voir le site].

C'est le lieu qui m'a inspiré le dispositif de champcontrechamp. Voici ce que je peux en dire, en attendant de voir ce que ça donnera in situ :

Si elles n’ont pas été envisagées pour le dispositif historique de l’exploitation cinématographique (la « salle de cinéma »), les deux œuvres ici présentées sont pourtant des « films » (support vidéo, son direct), dont la forme possède un début, une fin, définitivement fixés, et dont le montage contribue à élaborer un récit, même s'il n'y a pas d'histoire.
Voir ce que tu ne verras jamais et L’instant fatal appellent un spectateur qui se pose, prêt à accueillir ces récits dans la durée d’une séance.
Et pourtant, l’espace de Ventenac a suscité une troisième œuvre relevant, celle-là, de l’installation : champcontrechamp.

champcontrechamp demande au spectateur de déambuler entre les espace/temps des deux films. Œuvre virtuelle, pour ainsi dire où, à distance — dans l’espace (Ventenac) et dans le temps (1985-2003), les deux films s’interrogent.
Soir matin a été réalisé à Ventenac [Voir !]

(Interprétation (s))
champcontrechamp : une opération « chirurgicale »

S'il existe une famille où chaque plan est un VOICI !
— « Me voici… », dit le plan,
— « Le voici… », dit le cinéaste au spectateur,
… alors, ça ne me déplaît pas de faire partie de cette famille-là…

VOICI : Un appel, une adresse, une insistance à exister ou à faire exister le plan, les plans qui auront à jouer des coudes dans la structure du montage. Comment respecter la singularité tout en participant au collectif ?

Mon histoire personnelle a fait que je suis entrée de plein pied dans ce genre de questionnement (merci à JLG, à Rossellini, à Straub-Huillet, à Griffith, à Lumière frères).
S'il y avait des codes, des règles à respecter (respect envers la « nature » enregistrée, respect envers le spectateur) au cinéma, j'ai tout de suite été sûre que cela ne relevait pas obligatoirement de l'illusion, de la feinte (le cinéma comme si c'était la « réalité »).
Pour moi, le cinéma n'a jamais relevé d'une usine à rêves : j'ai même écrit (lors de L'instant fatal) que je faisais des films pour avoir les pieds sur terre. C'est toujours vrai (et cela ne relève pas d'une vérité du cinéma qu'il y aurait à affirmer mais, en tout cas, cela fait apparaître ma vérité).

Je me suis malgré tout souvent inquiétée de cette répulsion pour des figures classiques comme le «raccord (!) subjectif », le « raccord (!) de regard » et… le « champ, contre-champ »… Cela me rassurait (on a toujours besoin d'être rassuré sur soi-même !) lorsque je lisais que certains cinéastes partageaient cette répulsion.
Dans le long métrage réalisé en 1986, Entre les deux, mon corp balance, j'ai cherché des moyens techniques (au tournage ou au montage) pour faire avancer un récit sans renoncer à avoir « les pieds sur terre » et sans être obligée de faire comme si. [Voir ! notamment la séq. du "51"]

Je ne me souviens plus comment m'est venu d'inventer ce néologisme champcontrechamp, en-un-seul-mot, pour désigner l'installation présentée à Ventenac.
Il est composé des mêmes termes que l'expression qui désigne la figure cinématographique que je fuis… Mais en les collant les uns aux autres, c'est le dualisme du « champ, contre-champ » qui saute et dans sa disparition (disparaît-il pour de bon ?) fait exister une triade d'inséparables, une sorte de nœud borroméen.
Le contre est là tout autant que les deux champ. champcontrechamp n'est pas la somme (résultant d'une addition) de deux films.

Après pas mal d'années où, pour pallier l'absence de moyens — et pour continuer à satisfaire mon besoin de faire des images — je me suis mise à composer des films en longs plans-séquences ou en tourné-monté, il me semble que champcontrechamp reprend mon questionnement sur le montage. Cette fois-ci, ce n'est pas à l'intérieur d'un film que cela se passe, mais hors de lui.
Il me semble, dans une sorte d'opération chirurgicale, avoir extrait la chair dont s'est nourrie la figure codifiée du « champ, contre-champ », c'est-à-dire la question de la rencontre (donc une question phénoménologique) et l'offrir au regard de qui va pénétrer dans la lumière sombre de Ventenac. (13 juin 2010)


champcontrechamp : éloge de la marche

Le portail massif du bâtiment est entr'ouvert : il laisse passer le visiteur et retient le jour.

À l'intérieur ce serait comme une église sans transept pour distinguer la nef du chœur. L'obscurité est préservée par l'absence d'ouvertures latérales. Des baguettes de lumière s'introduisent cependant par quelques fissures suspendues entre pierre et bois, puis se déposeront sur le sol.

À l'espace, le rythme est donné par les trois arcs de pierre transversaux soutenant la haute voûte. L'architecture va créer ainsi des limites sans bornes, sans postes de douane. L'homme qui marche va pouvoir aller et venir, déambuler, se construire des lieux intimes, personnels, dans un même mouvement et dans le même espace.

Le mouvement qui nous intéresse ici ne va pas concerner l'espace mais le lieu.

Oui,
l'homme qui marche peut être envisagé comme un mobile qui se déplace, à l'image de l'homme en blanc ou en caleçons d' Etienne-Jules Marey. Un corps mécanique, un corps anatomique, comme la Science l'a construit. Un corps détaché de nous, mis à distance, que l'on peut découper, observer, analyser.

Mais alors,
Nous (vous, moi, chaque je) où sommes-nous ?
Oublions Marey.
Il y a ce ce corps qui vit, qui s'éprouve, qui pense et qui marche sans pouvoir isoler le pensant et le marchant sur une paillasse de laboratoire, une table de dissection ou même sur un cliché photographique. C'est le « corps que je suis », selon une formule consacrée de la phénoménologie. Le corps, non seulement vivant, biologique, mais le corps existant. Je m'éprouve, je me reconnais dans mon corps, je sais que c'est par lui que tout fait lien avec les autres Je et qu'ils me reconnaissent.

C'est de ce corps-là dont il est question dans la fabrication du lieu.

En ce lieu, le mouvement n'est plus le déplacement d'un point mobile sur une ligne. C'est une énergie, dans son sens premier, grec, quelque chose qui produit sans déplacer quoi que ce soit. Energeia. Dans l'energeia, le rythme n'est pas la cadence (du métronome ou de l'aiguille de la montre) mais une sorte de flux existentiel.

C'est ce corps-là qui marche dans l'espace de Ventenac.

Ce corps-là peut se laisser surprendre par la nouveauté, l'étrangeté même. Il sait attendre. S'attendre. S'attendre pour écouter ce qui lui arrive, faire œuvre de patience, de retenue, afin d'accueillir ce qui apparaît au sortir de l'ombre ou de l'obscurité. Nietzsche appelait ça : « apprendre à voir » [Lire !].
Il n'est plus seulement question de vision, de perception, ni même de regard.
C'est le je intégral (sans distinguer l'âme du corps) élaborant son monde.

En déambulant dans l'espace de Ventenac, l'homme qui marche s'y inscrit tout autant qu'il y inscrit quelque chose. Mais une chose qui ne relèverait pas de la matière.
Le corps pensant marchant devenu ce lieu d'inscription pourra produire cette possibilité que j'ai intitulée champcontrechamp.


champcontrechamp : le scribe, le museur et l'interprète

La logique dans la vie quotidienne
Années 50.
Comme sûrement de nombreuses fillettes de langue maternelle française je me suis abreuvée aux vicissitudes du personnage de Bécassine. J'avais beaucoup d'admiration pour elle. Je la trouvais incomprise. Ses soi-disant gaffes, ses bévues étaient pour moi, au contraire, le signe d'une certaine intelligence dont son entourage ne percevait pas la finesse.
Ainsi, lorsqu'elle fait son apprentissage de bonniche (Bécassine en apprentissage) et qu'on lui demande de mettre un peu d'ordre dans la maison, elle commence par observer et chercher ce qui cloche. C'est la couleur qui l'attire. les tomates sont rouges : que font-elle à côté du lait blanc ? Et les draps, pourquoi les mettre avec les couvertures rouges ? Le rouge avec le rouge, le blanc avec le blanc. Je trouvais ça tout à fait logique (certes, une logique différente, mais ça n'était pas en tout cas preuve de niaserie !)

Années 80.
Pour son premier job estival, à tout juste 16 ans, mon fils se retrouve dans les cuisines d'un self de la gare de Lyon à Paris. Premier job, premier matin. On lui donne un couteau et on lui dit : Épluche ! (tout en lui indiquant une lessiveuse pleine à ras bord de betteraves cuites.)
Comme à la maison, il demande : J'en fais combien ?… La réponse du chef l'installera brutalement dans une logique autre que celle du cocon familial …

La (les) logique (s) baignent notre vie.
L'ignorer nous fait commettre des bévues, nous empêche parfois de voir ce qui crève les yeux, comme on dit. Mais comment voir quand les yeux sont crevés par ce qui nous regarde ?

(en cours d'écriture. 17 septembre 2010)

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